Temps Calme

Comment calmer une crise d'angoisse avec l'hypnose après le bureau

Les phares du dernier chariot élévateur s'éteignent derrière moi et mes doigts serrent encore le volant plus fort que nécessaire. Moteur au ralenti, radio coupée, je respire par à-coups comme si le hangar continuait de tourner dans ma poitrine. C'est à ce moment précis que la gestion du stress cesse d'être une idée abstraite et qu'un peu d'équilibre entre le bureau et le reste devient urgent : il faut calmer une crise d'angoisse avant même d'avoir quitté le parking du Grand Port Maritime de La Rochelle, qui brasse pourtant 9 000 000 de tonnes de marchandises chaque année sans jamais sembler à bout de souffle, lui.

Ce que je tiens depuis plusieurs mois n'est pas un traitement, c'est un carnet : ce qui a marché un soir donné, ce qui a fait pschitt le lendemain. Je ne suis ni thérapeute ni relaxologue, même si ce métier m'intrigue de loin, et l'hypnose pratique que je décris ici tient plus du bricolage méthodique que de la méthode certifiée. L'équilibre entre le bureau et le reste ne s'est pas réglé en apprenant une formule magique, mais en cherchant, semaine après semaine, une forme de relaxation quotidienne qui tienne la route un mardi comme un vendredi.

Vouloir se détendre trop vite ne marche pas

Un soir de novembre, assez pluvieux pour que les essuie-glaces ne s'arrêtent jamais tout à fait, je me suis assis dans le fauteuil avec un audio d'hypnose guidée et j'ai commandé au corps de se calmer, tout de suite, sur commande. Raté. Plus la voix dans les écouteurs demandait de relâcher les muscles, plus le pouls s'énervait. Il a fallu comprendre un principe simple, sans avoir besoin d'un cours de physiologie pour ça : juste après le travail, le corps reste en alerte, et lui demander de basculer d'un coup dans le calme revient à lui mentir. La vraie difficulté n'est d'ailleurs pas de fermer la porte du bureau, c'est cette coupure avec la tête qui reste pleine de dossiers longtemps après, un sujet que je laisse à une autre page du site pour ne pas tout mélanger ici.

Sortir d'une journée à dix heures passées à courir après des containers bloqués, c'est un peu comme rouler à pleine vitesse sur la rocade : on ne passe pas la marche arrière d'un coup, le moteur ne suit pas. Le calme forcé, le corps le prend pour une menace de plus, pas pour un cadeau.

Reprendre pied avant l'hypnose pratique

Rester dans la voiture, moteur coupé, et se concentrer sur le poids du corps contre le siège plutôt que sur des images de nuages ou de plage, voilà à peu près toute ma version d'une pause guidée, sans prétention. Ce n'est pas encore un vrai lâcher-prise, plutôt un état hypnotique léger, à peine entamé, qui ne mérite pas de grand mot. Avec la répétition, poser les deux mains à plat sur les cuisses est devenu une sorte d'ancrage en routine, un signal que la journée est terminée même quand les dossiers, eux, ne le sont pas.

Une autre piste, tentée plus tôt, n'a rien donné : tenir un journal des soucis professionnels, un carnet où je notais chaque contrariété du jour avant même de démarrer la voiture. Coucher les mots sur le papier ne calmait rien, ça ne faisait que rejouer la journée une seconde fois, en pire. Si ces crises devenaient trop fréquentes ou trop encombrantes, ce carnet ne remplacerait de toute façon pas l'avis d'un médecin, je ne suis pas qualifié pour ça, seulement pour noter ce qui aide à tenir jusqu'au dîner.

Isoler le bruit du port avant de rentrer

Au plus fort du printemps, quand les journées s'empilaient sans respirer, la routine de pause parking a fini par se stabiliser. Plutôt que de foncer dans les bouchons du centre, je reste immobile, les yeux fermés, et je visualise le port qui se vide : les grues qui s'arrêtent, l'eau qui clapote contre le quai. L'angoisse, je ne cherche pas à l'effacer, je la regarde entrer au bassin comme un navire, imposante, mais en train de s'amarrer. Ralentir la respiration volontairement suffit, sans qu'il soit besoin d'expliquer pourquoi ça marche : le pouls redescend, tout simplement.

C'est en creusant ce genre de routine, un peu par hasard, que j'ai mieux cerné les vrais bienfaits de l'hypnose sur le stress selon un logisticien : le métier n'attend pas, mais le signal d'alarme intérieur, lui, peut apprendre à se taire un peu plus vite. L'hypnose ne retrouve pas le container perdu à Shanghai, elle coupe simplement le fil qui fait croire que ce container met la vie en danger.

Le format audio est resté mon seul format depuis le début, sans jamais tester les applications ou les vidéos que d'autres jurent efficaces, une question de format de séance que je laisse à d'autres pages du site pour ne pas déborder ici. Personne ne m'a appris l'auto-hypnose dans les règles ; je fonctionne surtout par tâtonnement, avec ce que quelques audios et une amie m'ont montré au fil du temps.

Ce qui a changé sur ces huit premières semaines n'est pas le volume de fret, les tonnages, eux, ne bougent pas, mais la capacité à ne pas laisser l'angoisse s'installer pour toute la soirée. Il arrive de gérer ma frustration et mon impatience au travail grâce à l'hypnose avant même d'avoir remis le contact pour rentrer. Certains soirs, la pause s'étire un peu plus longtemps que prévu, et il m'arrive de pousser jusqu'à l'île de Ré par la route côtière avant de faire demi-tour, juste pour regarder la marée changer de sens.

Le courrier de Fabrice, routier longue distance

Un lecteur du blog, Fabrice Jouanno, routier sur les longues distances, écrit de temps en temps pour dire ce qui colle ou non à une nuit de route. Sa cabine n'a rien à voir avec un parking de bureau : il ne peut pas toujours couper le moteur où il veut, le bruit change sans arrêt, les pauses réglementaires imposent leur propre rythme. Il a pointé des variables tout simplement pas envisagées depuis un bureau, comme le fait qu'un parking d'autoroute mal éclairé ne se prête pas vraiment à fermer les yeux plus de quelques instants. Pour ce genre d'urgence, où il faut retrouver de la concentration plus que du calme, l'approche change complètement, une hypnose de concentration à part entière, que je n'ai pas la prétention de détailler ici.

Écouter le corps plutôt que le brusquer

Axelle Bordet, amie de lycée devenue sage-femme libérale à Niort, a dit un jour une phrase que je garde depuis : le corps régule à sa façon, pas besoin de lui demander d'accélérer. Ça vaut pour un accouchement comme pour une crise d'angoisse dans un parking, apparemment. Un soir de curiosité, j'ai aussi jeté un œil à une formation de relaxologue à distance, sans jamais m'inscrire, le métier intéresse de loin, mais ce n'est pas le sujet de ce carnet. Le soir, pour trouver le sommeil, c'est un tout autre protocole, que je garde pour d'autres pages : ici, il n'est question que de l'après-bureau.

Un vendredi soir, en fermant la portière, un détail bête a suffi : la semaine venait de passer sans laisser ce poids habituel dans les épaules, sans qu'il se soit passé quoi que ce soit de spécial ce jour-là. Pas de grande révélation, juste un contraste net avec les vendredis précédents. L'angoisse n'a pas disparu, elle revient encore, certains soirs, avec le sel qui pique les yeux et le volant trop froid sous les mains. Mais la leçon tient en une phrase, celle que je redonnerais à n'importe quel collègue fatigué : ne jamais demander au corps de basculer d'un coup du plein régime à l'arrêt total, lui donner d'abord une marche pour ralentir.

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